Tuesday, 20 December 2016

Lathoron, dialogue philosophique


Contexte

Lathoron, le titre du dialogue qui suit, fut inspiré par Platon et marqua le commencement de ma libération du contrôle des esprits. A la base du mouvement du dialogue se trouve des préoccupations concernant le langage, la science et la vérité. Quant à cette dernière la définition atteinte - cela qui rend possible le sens et qui est suggéré par le sens possible d'un mot - a pour mérite de reconnaitre la puissance des mots comme autant d'expressions de conscience plus élevée. Par ce biais la vérité devient l'étymologie ou même le langage dit vert, où la forme des mots tels qu'ils sont écrits ou parlés est prise au sérieux, par example dé-couvrir, con-quête, con-texte. 

L'étymologie du mot même étymologie est le grec ἔτυμος qui signifie le vrai, le réel, l'actuel. En effet tourner en round constitue l'essence de la philosophie et comme le remarqua le philosophe allemand Martin Heidegger, c'est seulement en cerclant le cercle que l'on peut voir son centre. Le nom hellénique Lathoron fut inspiré pour sa part par celui de Bruno Latour, sociologue des sciences français. 

En nommant de manière cachée Latour je tentai de créer un parallèle entre le rôle du sophiste dans la Grèce antique, que Platon fit beaucoup mettre en question en ce qui concerne sa portée de vérité authentique, et l'universitaire professionnel - que ce soit philosophes, sociologues ou historiens - qui, comme les sophistes, est payé pour penser. Un ami m'indiqua également que le nom Spiegler ressemble à l'allemand 'Spiegel' qui signifie miroir. Le rôle de Spiegler dans le dialogue est en effet de miroiter la pensée du personnage Romer, nom duquel signifie simplement "homme de Rome". 

Il est intéressant de noter concernant le nom propre Rome que le Grec ῥώμη (prononcé romè) signifie force. Quant au concept de science, suffit-t-il de noter pour l'instant que dans son ouvrage Qu'appelle-t-on penser ? - un livre dont je fais souvent référence sur ce blog et qui fut publié dans les années cinquante - Heidegger observa qu'un brouillard encerclait l'essence du concept de science, à savoir ce qu'elle est. Le dialogue Lathoron chercha à dissiper ce brouillard. Je ne me sens plus soumis à Heidegger en tant que penseur mais son influence sur moi pendant ma vingtaine fut considérable. Quant au concept de vérité je suis d'avis maintenant qu'il se réfère à ce qui est même si je trouve que la définition de ma jeunesse possède un certain charme. 

Texte: Lathoron

Romer : Aujourd'hui j'eu un dialogue imaginaire avec le grand universitaire Lathoron.
Spiegler : Quel fut le propos ?
Romer : Il y allait de la science.

Rom : Lathoron, enfin nous nous rencontrons !
Lathoron : En effet Romer.
Rom : Si cela ne te dérange j'aimerai te poser quelques questions à propos de la science. J'ai entendu de grandes choses concernant ton savoir dans ce domaine. On dit, dans certains milieux, que tu connais la science mieux même que les scientifiques eux mêmes !
Lath : Il est vrai que la science pour les scientifiques n'est pas la même chose que la science pour les gens ordinaires. Mon occupation est de regarder ce que font les hommes de science et de considérer ce que nous nommons science.
Rom : Une tâche des plus intéressantes et nécessaires l'ami. Maintes personnes se réfèrent à la science dans leur propos sans que l'on sache jamais ce qu'elles entendent par là.
Lath : Je sais.
Rom : Qu'est-ce donc la science Lathoron ?
Lath : La science est une symbolique culturellement créée de vérité objective, dont la méthode doit satisfaire à certain critères de validité afin qu'elle puisse être considérée comme scientifique.
Rom : Une définition érudite si jamais j'en ai entendue une Lathoron... Je ne suis pas certain, en revanche, que c'est bien cela qu'ont en tête les gens lorsqu'ils emploient le mot 'science'. Je pense qu'ils entendent 'vérité objective' mais ont laissé tomber, par ignorance ou par oubli, les autres éléments de ta définition. 
Lath : Cela ne me surprendrait guère. Il y va de la nature d'un symbole d'être confondu avec ce qu'il symbolise. 

Rom : Qu'en est-t-il du mot 'science' Lathoron... Est-t-il culturellement déterminé ?
Lath : Je viens de le dire.
Rom : Permets moi alors de te demander ceci : le langage est-t-il une symbolique culturelle ?
Lath : Je le pense bien. Le langage est le plus culturel des phénomènes et bien sûr est-t-il symbolique.
Rom : Es-tu d'accord que la symbolique du langage consiste en des mots ?
Lath : Oui. Mais il y a aussi le langage du corp et le langage des signes.
Rom : Sans doute. Mais le français consiste en des mots, n'est-ce pas ?
Lath : A quel argument mènes tu ?
Rom : Patientes avec moi pour un petit temps. J'ai quelques questions encore à te poser et ensuite tu seras libre de mon influence irritante.
Lath : Tant mieux. Continues.
Rom : Nous sommes donc d'accord jusque là que le language est une symbolique culturelle et que le français consiste en des mots. Oui ?
Lath (gémissant) : Oui.
Rom : De ces propositions nous pouvons déduire que les mots sont des symboles culturels puisque le langage comme symbolique culturelle consiste en des mots. Pas vrai ?
Lath : Continues.
Rom : Nul besoin d'encore patienter. Je pense que nous sommes arrivés à un problème satisfaisant.
Lath : Si tu le dit. Et quel est-ce ?
Rom : Le suivant : si ta déclaration selon laquelle 'la science est une symbolique culturellement créée' fait partie de notre langage, alors elle doit faire partie d'une symbolique de mots. Cela amène la question : comment pouvons-nous être certains que la science est une symbolique culturelle si lest mots 'science', 'culturel' et 'symbole' sont autant de symboles culturels ?
Lath : Très malin je ne le pense pas. Si ce n'est pas un problème avec toi je dois maintenant tourner mon attention à des affaires plus pressantes. 
Rom : Toujours un plaisir Lathoron. 

Rom : Telle était l'essence du propos Spiegler.
Spie : Qu'en advient-t-il du reste de la définition de Lathoron, à savoir 'vérité objective' ?
Rom : Ah en effet. Nous n'avons pas abordé ce sujet. Comment caractériserais-tu la vérité objective, Spiegler ?
Spie : Je la caractériserai comme la vérité qui tient à l'objet, je pense.
Rom : C'est sensé. Serais tu d'avis, par extension, qu'il y a une vérité qui ne tient pas à l'objet ?
Spie : Peut-être. Quelle serait-ce ?
Rom : Bien, mon sentiment sur ce sujet est que si la vérité objective était la vérité, il n'y aurait aucun sens à la qualifier d'objective...
Spie : En effet. Mais je remarque souvent que ce qui est dit objectif est souvent pris pour être la vérité...
Rom : Si tel était le cas, la qualification même de 'vérité objective' serait une formule vide. Revenons à ta propre définition, à savoir que la vérité objective est une vérité qui tient à l'objet. Que cela nous dit-t-il ?
Spie : Que la vérité ne tient pas forcément à l'objet, que la vérité et l'objet sont séparés. Peut-être bien que la vérité n'a besoin de tenir à quoi que ce soit ?
Rom : Mais tu ne penses sûrement pas que la vérité est séparée de nous, Spiegler ? Je veux dire il a bien fallu une bouche et, pour ainsi dire, des cordes vocales afin d'être à même de produire le son 'vérité' et par la même établir l'idée ?
Spie : Quel est donc ton propos ?
Rom : Que parler de vérité objective implique nécessairement une vérité subjective, seulement la vérité subjective tient au sujet.
Spie : Tu veux dire nous en tant qu'être humains ?
Rom : Précisément. Comme le témoigne l'ancien adage 'connais toi toi-même'. 

Spie : Je pense me connaitre pour la plus grande part. Creuser top profondément cet adage pourrait nous mener à être qualifiés de fous.
Rom : Ne songeons pas à cette boîte de Pandore pour l'instant. Ce que j'essayai de suggérer est que puisque la vérité objective et la vérité subjective ne sont pas aisément séparables, il y en va peut être de connaitre un objet de se connaitre soi-même. Autrement dit, les gens qui faillent à ce connaitre eux-mêmes seront peut être menés à confondre leur connaissance de l'objet (la vérité dite objective) avec l'objet lui-même. C'est probablement, si j'ose dire, cette lacune dans la connaissance de soi parmi bien de scientifiques et de commentateurs qui explique la confusion moderne entre l'objectivité et la vérité. 
Spie : Si nous devons nous connaitre nous-mêmes afin de connaitre les objets, comment alors procéder ?
Rom : Je suggère faire appel à ce qui se nomme 'con-science', puisque 'science sans conscience n'est que ruine de l'âme.'
Spie : Je suppose que la science signifiait savoir pour la plus grande partie de l'histoire par opposition à son acception technique moderne... Ainsi donc la conscience pourrait être qualifiée comme...
Rom : ... Le savoir de ton savoir, mon cher monsieur. 

Spie : Je suis d'accord qu'un manque de connaissance de soi mène bien des scientifiques et de gens de faible esprit à confondre ce qui est objectif ou qui est lié à un objet d'étude avec la vérité même. Mais y a t-il des raisons supplémentaires derrière la confusion entre vérité et objectivité ?
Rom : Et bien nous avons vu que ce qui est objectif est ce qui porte à l'objet (de recherche, d'étude, de commentaire etc.). Un objet est objectif dans sa relation à l'observateur de l'objet, le sujet.
Spie : Ceci est l'angle philosophique traditionnel, en effet.
Rom : Mon intuition est qu'on croit, pour de maintes raisons, particulièrement d'une nature politique, que les sujets interfèrent avec l'objectivité des objets, venant d'horizons et de milieux différents, affectés en outre par leur subjectivité, à savoir, leurs émotions (quelles choses idiotes !) ou bien leurs préjugés ou des perceptions idiotes en général... Puisque l'objet est vu différemment par chaque observateur un accord est requiert, surtout dans une société dite démocratique, quant à ce qui caractérise l'objet de telle sorte que chacun peut être d'accord sur ces caractéristiques communes et y souscrire. Ceci est la tâche remplie en pratique par le sens commun et dans le monde théorique par la science. Dans le cas de la science, cette dernière peut se présenter comme universellement valide, étant donné que tous ceux qui adhèrent à ces caractéristiques communes, c'est à dire ces conventions, se doivent reconnaitre la validité des ces caractérisations. 
Spie : Et selon ton angle un peu hautain, ce qui est tenu pour universellement valide, c'est à dire valable pour tous, cela est confondu avec la vérité ?
Rom : C'est ce qui arrive à mon avis. Pour prendre des exemples, les déclarations suivantes, l'une tirée de l'arithmétique '2+2=4', l'une de l'historiographie 'en 1939 l'Allemagne envahie la Pologne' et l'autre tirée de la science physique 'distance divisée par temps égale vitesse', ces déclarations, universellement valides telles qu'elles sont par force de convention, sont tous tenues pour être correctes, donc vraies. La vérité dégénère alors dans l'idée de la validité universelle ou ce qui est universellement juste...
Spie : D'autant plus, j'imagine, que la technique moderne, telle que celle qui rend possible la vision de cette publication, a un lien direct avec la découverte scientifique ?
Rom : La réponse à cela est bien au delà de ma capacité intellectuelle, Spiegler. Mais selon une opinion commune, la technique est une validation physique, c'est dire objective, de conventions scientifiques et cela dans un sens double, à savoir, premièrement, que les objets techniques, tels l'ordinateur équipé d'accès à internet, valide les caractérisations qui rendirent possible leur conception et fabrication et, deuxièmement, l'appareil technique est essentiel au travail scientifique de laboratoire. Une hypothèse ou formule scientifique, je l'imagine, a besoin d'une vérification technique avant d'être acceptée par la communauté scientifique.

Spie : Je vois maintenant que nous avons couvert un large chemin théorique, par la simple activité de la pensée, mais jusque là notre conversation s'est focalisée principalement sur le terme 'objectif'. La vérité, elle, reste élusive, quelque peu mystérieuse, à moins que tu souhaites nous élucider à son sujet...
Rom : Avec plaisir. Faisons investigation immédiate du mot 'vérité', cette minute même !
Spie : Avant cela, cependant, je me dois de te communiquer une réserve... Comment en effet faire investigation du mot vérité sans savoir ce qu'est la vérité même ? Il me semble que, ignorants de ce qu'est ou veut dire le vérité, nous ne pourrions jamais savoir à l'avance si le sens fourni par ton élucidation soit vrai ou faux...
Rom : Et bien, regardons la chose de cette façon... En décrétant à l'avance qu'une telle investigation du sens du mot vérité soit impossible, pour la raison que tu donnes, nous serions en fait d'accord sur quelque sens du mot vérité qui rendrait impossible son investigation. Cette chose, je le soutiens, ne peut être suggérée que par son sens, avant même d'avoir clarifié ce sens une fois pour toute.
Spie : Cela nous dit seulement que la vérité a un sens, un sens que nous connaissons peut être déjà, mais pas le contenus de ce sens...
Rom : Tu trouveras le même problème pour toutes les investigations du sens des mots... Sans savoir la vérité nous ne pourrions jamais savoir si les sens que nos investigations produisent soient vrais ou faux...
Spie : Précisément. Le besoin de savoir le sens du mot vérité semble d'autant plus nécéssaire qu'impossible...
Rom : Cela est défaitiste de ta part et j'ai l'impression que nous parlons de cette question comme des gens aveugles.
Spie : Comment cela ?
Rom : La vérité doit être cela qui rend possible le sens.
Spie : Que veux-tu dire ?
Rom : Je veux dire que, de la même façon que dénier la possibilité du sens suggère un sens qui est impossible, la vérité doit être à la fois ce qui rend possible le sens et ce qui est indiqué par le sens possible d'un mot. 
Spie : Tu tournes en cercle... Dois-je donc entendre que ta définition de la vérité suggère la vérité et est rendue possible par elle ?
Rom : Oui, c'est ce que j'entend.
Spie : OK. Tout cela est très bien mais comment, à partir de cette définition, déterminer si un sens est vrai ou faux ?
Rom : Un sens, mon ami, n'est ni vrai ni faux. Il ne fait que suggérer la vérité en vertu de laquelle il est rendu possible. J'irai jusqu'à dire que là où il n'y a pas de sens, il n'y a pas de vérité, et là où il n'y pas de vérité, il n'y a pas de sens.
Spie : Bien dit, même si cela ne vient que de moi.